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Tuesday, July 19, 2022

Dénouer

Depuis notre première rencontre, notre première nuit, et toute notre vie à deux depuis, mon nez de chien pisteur était aux aguets. J’ai une intuition très forte. Surtout en certains domaines sensibles. L’expérience dans ma chair, des années de recherches, de formation et d’écoute, au travers plusieurs activités bénévoles. J’ai un radar pour certaines blessures en particulier. Au fil de notre vie à deux, j’ai eu des indices confirmant mes soupçons, mais, toi, tu n’en étais pas conscient. Il fallait que toi, tu fasses le chemin. Tout à coup, je me souviens d’un soir au Rockaberry dans les tous premiers mois de notre vie de couple. Tu m’as fait des confidences ahurissantes. Avec retenue et doute, par peur de te faire juger. Tu m’as confié un lourd secret, et tu attendais un peu que je me sauve, que je sois choquée. Comme si tu déposais ton cœur une seconde fois entre mes mains, accompagné d’une bombe. Mon cœur a explosé, mais j’ai gardé mon calme. J’ai eu mal, en t’écoutant. Je voulais être là pour toi, c’est ce que j’ai fait. Malgré toutes les alarmes déclenchées dans ma tête. J’ai su à ce moment-là, de quoi il s’agissait. C’était clair. Pour moi. Pas pour toi. Pas encore. Tu étais si jeune, et avec ton vécu…

La vie a suivi son cours, et nous voilà. Tu as défait des nœuds, trancher des liens, dernièrement. Sur ce chemin, qui a pris des allures d’examen de conscience par bout, tu as revisité plusieurs moments et souvenirs. Pour moi, ta vie s’explique, mais il y avait ce bout qui manquait, ce quelque chose qui clochait. Tu sais à quel point je suis une tête chercheuse. J’ai du mal à lâcher le morceau, surtout lorsque j’aime et que je sais. Tu avais réalisé déjà beaucoup de choses, mais voilà que ces souvenirs sont remontés. Prenant un nouveau sens, prenant tout leur sens, révélant leurs vraies couleurs. Tout est remonté, tout se révèle et ça fait du bien et ça fait mal en même temps.

Tu as trouvé l’origine de ton mal. Oui tu me cherchais, c’est indéniable, mais tu fuyais aussi une blessure trop grande et incomprise. Tu t’es construit sur un trauma et pas un petit. Cela explique tellement de choses. Tout en fait. Ça fait mal et ça fait du bien en même temps. De ne plus être dans le noir, de ne plus mener sa vie à l’aveuglette. Tu as survécu, maintenant, c’est le temps de guérir et de vivre. Doucement, un pas à la fois, et je serai toujours là, à tes côtés.

La nature de ton traumatisme et les circonstances qui l’ont étouffé et qui ont ajouté une couche de honte supplémentaire, laissent des traces profondes. Des cicatrices. L’âge tendre auquel cela s’est produit, ajoute encore au traumatisme. Tellememt de honte, de silence, de solitude et de questions et de douleur. Un secret lourd. Beaucoup d’incompréhension, beaucoup d’interrogations en suspend. Tu étais déjà vulnérable qui plus est. Tu t’es construit et tu as vécu et chercher tes réponses toi-même au fil du temps. Entre ta nature sensible et, cet autre part d’ombre née de blessures et traumas, qui grandissait au même rythme que toi. Tu n’avais pas conscience que cela faisait partie de toi, que cela n’était pas un monstre. Que TU n’étais pas un monstre. Tu t’es infligé bien des blessures, tu t’es fait mal en cherchant. Tu me cherchais, tu cherchais aussi des réponses. C’est très simplifié, mais ça dit beaucoup. Tu étais très divisé, tu vivais beaucoup de dissociation.

Maintenant, c’est le temps de réconcilier, panser, soigner, guérir. Ton autre voyage peut commencer. Je ressens un profond soulagement. Cela explique toutes ces choses que je sentais, que je voyais mais auxuquelles il manquait des aspects, des fils coupés. Un manque de concordances alors que je te voyais si clairement. Hallucinant à quel point tout s’éclaire. À partir de maintenant, ça ira encore beaucoup mieux. Des défis, des pleurs, des hauts et des bas. Tu es mon guerrier, mon cœur sur deux pattes, et tu as tout à gagner à plonger dans cette plaie et en ressortir, plus fort et plus grand. Et dans ton cas, ce n’est pas peu dire. 


 

Tuesday, March 29, 2022

Sans laisser de traces

Tout à coup, lorsque nous nous sommes embrassés, pour toi, il y a eu un trait tiré sur ta vie avant. Avant moi. Avant nous. Sur ta vie, que tu continuais de mener en automate, jusqu’à la quasi dernière minute, ne croyant pas que je quitterais le père de mes enfants. Que je ferais éclater mon mariage que tu croyais encore heureux (oui, j’étais persuasive à ce point) et cette famille qui elle, était toute ma vie. En contemplant les choses sous cet angle, no wonder que tu aies continuer, même si le cœur n’y était pas (nous nous parlions ouvertement) avec ta fréquentation de l’époque. Tu n’étais pas en couple, tu avais une amie avec bénéfices si on peut dire. Tu entretenais aussi un tas de liens pas très sains, des portes mal fermées. Lorsque tu traversais des creux, tu avais tendance à retourner en arrière pour rechercher des rushs, pour te sentir vivant ou te blesser. Les portes mal fermées avec des exs, des aventures et des expériences, il y en avait beaucoup. Ton ex parmi celles-là.

Tout à coup, toute cette foule de demoiselles et dames éprises à divers degrés, se sont retrouvées sans prise sur toi. Parfois tu as laissé du temps passer, rarement as-tu fermer les nombreuses portes. Heureusement, tu l’as fait dernièrement et c’est une bonne chose. Toujours une bonne chose de boucler les boucles et fermer les portes. Mais à l’époque, tu n’avais plus aucun désir d’entendre parler de ta vie avant nous. Tu prendrais des mois à te dégager de certaines communications, soucieux dans quelques cas, de ne pas blesser. Par habitude un peu aussi. Tu avais l’habitude de son bassin de vestiges de relations toxiques diverses. Tu le savais, mais tu fermais les yeux? Pas aussi simple. Tu marchais ta vie comme un automate, le cœur gelé mais malheureux en même temps. À défaut de ressentir l’amour tant recherché, tu te shootait avec des expériences diverses, des femmes de plus en plus tordues. Tu avais un réel réseau de possibilités pour revenir en arrière, les jours de disette émotionnelle. Lorsque tu n’en pouvais plus de la présence de ton cœur que tu croyais froid, que cela pesait sur toi et que tu voulais tromper ta solitude si grande en allant vers des situations faciles, une danse que tu connaissais et des portes que consciemment ou non, tu savais encore ouvertes.

C’est tout un cimetière impressionnant et très varié d’âme en peine que tu as créée lorsque nous nous sommes embrassés. Instantanément, toutes ces personnes se sont retrouvées aux oubliettes. Tu ne l’as pas signifié à toutes ces personnes, mais toi, tu étais ailleurs. D’une loyauté et d’une fidélité indéfectible. Tu as aussi été avalé par les circonstances et événements entraînés par ma séparation explosive avec mon ex. Ce ne furent pas des mois faciles, ni pour lui, ni pour nous. Nous avons été happés par des situations personnelles et professionnelles. Notre Amour grandissait à vue d’œil et nous consumait positivement, nous faisant renaître tout les deux. Entre notre Amour, les circonstances au boulot (nous travaillions ensemble) et dans ma vie privée, dont tu étais partie intégrante désormais, tu n’avais plus le temps pour ces histoires du passé. Ne serait-ce que pour les régler. C’est passé au second plan.

Pas étonnant le décalage, les portes mal fermée, le cimetière aux nombreuses âmes en peine que tu as enterrées vivantes, sans un regard en arrière. Pas étonnant, tu as quitté toutes ces personnes, sans un mot, sans laisser de traces. Tout à coup, tu n’étais plus disponible pour un flirt, un café menant à une nuit, ou quelques conversations coquines faisant revivre un passé. Tu ignorais les messages pour la plupart. Tu as été transparent, je savais très bien à quoi m’en tenir et, je t’avais donné mon opinion au sujet des portes mal fermées. Des situations laissées en suspend. Des attentes créées alors que toi tu avais tourné le dos définitivement à tout cela, d’un coup.

Tu étais disponible, beau et gentil. Nombreuses sont les personnes qui continuaient d’espérer, de rôder. Je n’étais pas surprise, je t’en avais parler bien franchement. Tu étais embarrassé et écoeuré. Partir sans laisser de traces, après avoir volontairement ou non, nourri des liens… toi, tu as continué ta route. Sans te retourner, mais ces personnes sont demeurées accrocher à des degrés divers. Habituées à une dynamique, un des cycles. Tu es parti sans laisser de traces, mener ta vie. Pour toi, c’était l’équivalent de couper les ponts. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Tu n'as pas laissé de traces, au sens ou, tu t’es évanoui dans la nature. Tu as laissé derrière toi, celui que tu étais avant nous. Un être malheureux et tourmenté, qui cherchait l’ivresse et à se sentir vivant, dans un amas de corps et d’êtres. Prenant, et surtout, donnant. Donnant plus, pour compenser pour ce que ton cœur ne pouvait ressentir, retourner, ni offrir. Pour toi, l’avant et l’après étaient très clairs. Les âmes en peine, laissées dans l’ombre. Tu n’as pas laissé de traces, personne ne savait cette cassure entre ton avant et ton après depuis nous. Personne ne savait ce que tu étais devenu, ou tu étais rendu. Tu n’avais aucun désir de laisser de traces non plus.

Ce qui n’est pas réglé remonte toujours à la surface et tu as dû couper des liens, brûler des ponts et remettre des pendules à l’heure. Tu en as profité pour faire le tour du cimetière des cœurs brisés, et t’assurer que cette fois, toutes les portes étaient bel et bien fermées. Partir sans laisser de traces, c’est tentant. Surtout lorsque tu veux mettre tout derrière toi, sans rappel. Malheureusement c’est rarement une bonne idée. Nous sommes à toute épreuve bien sincèrement, mais c’est une bonne chose d’avoir fait le grand ménage de manière investie, franche, sincère et courageuse.

Les histoires mortes peuvent trouver repos désormais dans leur cimetière commun. Nous, nous continuons notre route, heureux, unis et en laissant une trace claire. Il y a un avant et un après, c’est désormais clair. Plus clair qu’une photo de mariage comme photo de profile FB. Plus clair pour toutes celles qui me suivaient sur IG et les autres. Personnellement, je suis heureuse pour toi.

Partir sans laisser de traces, c’est fuir. Tu n’es pas un fuyard. Tu as remis les choses en ordre, surtout pour toi. Moi, je le vois comme ça et je suis heureuse. Je sais à quel point, tu es libéré, léger et heureux. Dégagé. Tu as finalement laissé des traces assumées, et tu as fermer les livre et les portes. Le reste leur appartient, toi, tu peux regarder devant, marcher la tête haute et le cœur en paix. 


 

Monday, March 7, 2022

Toxicité qui se dansait à deux

 



Guérir d’une union toxique... Une séparation, un divorce, c’est une cassure nette, douloureuse. Une cassure, une plaie ouverte avec danger d’infection et nombreuses complications. Ce n’est pas qu’un break, qu’une foulure. C’est violent, pour celui qui n’a rien vu venir, ni rien demandé. C’est aussi violent pour celle qui a causé la cassure. La fracture. L’affaire c’est que contrairement à une blessure… les os et les chairs ne se ressouderont pas. Il y a une amputation irrévocable. Cela demande un processus de guérison, différent pour chacun des deux parties. Étrangement, malgré toutes les choses qui se sont passées et qui se passent aussi en silence, en latence, je crois que nous avons fait de notre mieux. Pour nous, mais surtout pour nos fils. Ils ont toujours été ma priorité. Durant un temps, dans cette optique, j’ai essayé d’être là pour le père de mes fils après la séparation. Pour mes fils, mais pas seulement. Pour mon ex aussi. Par égard pour des vingt-quatre ans que nous avons passés ensemble. Malheureusement, je n’étais pas du tout la personne qui était la mieux placée pour l’aider. Malheureusement, je n’avais pas encore le langage pour répondre à certaines de ses questions (légitimes) et sur mes choix; passés et présents. J’ai véritablement fait de mon mieux. Je sais que notre relation était toxique, je sais qu’il y a eu beaucoup de douleur, mais c’est le père de mes enfants. Je sais aussi très bien d’où il vient, je le connais vraiment très très bien et profondément. Qui il est devenu depuis? Je ne sais pas, et c’est très bien ainsi. J’ai des échos de sa vie par nos fils, mais sa vie lui appartient. J’en suis heureuse. J’aurai toujours un avantage sur lui; je le connais très bien. Aussi colérique, pétri de traumas et de tares qu’il le fut… il a été ouvert avec moi. Oh! Il y a eu des mensonges, mais il fut ce qu’il fut. Moi, j’ai été sincère et j’ai vraiment, vraiment donné tout ce que je pouvais et plus. C’est vrai. Malheureusement, trop habituée à être seule, et recevant le signal que je devais me protéger au sein même de cette union, comme partout dans ma vie, je suis demeurée seule. Lorsqu’il est confus, lorsqu’il l’a été par le passé… il a eu raison. C’est faux et vrai à la fois. Je lui ai fournies tellement d’occasions de me voir, de me toucher, mais il y a une partie de moi qui est demeurée inaccessible from the start. Les êtres humains sont des créatures complexes et multifacettés. Nous sommes des êtres avec des vécus particuliers, pas ordinaires, lui et moi.

Nos routes se sont séparées pour de bon. Pour ne plus jamais s’enlacer, ne serait-ce que superficiellement, au bout d’une quinzaine d’années je dirais. Et certains événements ont mis la hache dans ce qui me restait de force et de volonté. J’ai continué quand même. Je ne pouvais pas l’abandonner, et je ne pouvais pas fracasser ma famille. Je ne voulais pas faire subir cela à mes enfants. À quelque part, je crois sincèrement que nous avons fait de notre mieux. Chacun à notre manière, tordus chacun à notre manière.

Il m’a donné son poison, ses tares, ses traumas, ses colères et ses dépendances. Il m’a offert son cœur meurtri et essayé de me donner le meilleur de lui au travers du filtre de ses nombreux maux. Je le sais. Et moi, j’ai offert ce que je pouvais, mais il y a tout un monde en moi, que je ne lui ai jamais montré. Je lui ai offert ma loyauté, ma fidélité, mon respect, mon soutient, mon amitié, et nos deux fils. Je lui ai offert ce que je pouvais de mon cœur. Je lui ai quand même donné des moyens, je communiquais beaucoup, beaucoup. Reste que, si je suis tout à fait honnête, j’ai vécu avec lui, en conservant ma solitude on the side. Ma porte de sortie au cœur de notre couple. Comment ça pouvait fonctionner entre toutes ces choses sombres qu’il portait en lui, et toutes ces choses que je gardais en moi?

De cette union, je ne suis pas la seule à devoir guérir. Je pense même que pour lui, ce fut plus ardu. J’ai beaucoup d’empathie pour le père de mes fils. Je lui ai imposé une immense fracture. Je le sais. Et comme je ne suis pas sans cœur, loin de là, j’y pense encore. Je ne vis pas dans le passé, ni même dans le fragment de cette réflexion, mais plus j’avance sur mon propre chemin, plus cela frôle ma pensée. Je bénéficiais de toute mes réflexions intérieures, dans ce jardin de solitude que je cultivais depuis l’enfance. Là ou je n’avais jamais laissé entrer personne sauf mes fils, avant mon présent Mari. À vrai dire, il en a trouvé le chemin, à mon grand désarroi. D’une manière inexplicable, et lui-même l’ignorais, alors qu’il s’y promenait, m’y voyant telle que je suis. Pas étonnant que j’aie paniqué, que j’aie brandis mon faux mariage idéal, entre nous as day one! Bref… j’ai laissé le père de mes fils en dehors de mon jardin secret, mon jardin de silence et de solitude. Avec raison je crois. Cela ayant comme conséquence, un ravin entre nous. Mais c’était comme ça avec tout le monde! Il ne faisait pas exception. Tristement, je ne savais pas vraiment comment le faire entrer, et je ne voulais pas y faire entrer personne en fait. C’était mon dernier retranchement, mon unique sécurité. Je lui ai donné accès à beaucoup, mais pas à mes profondeurs protégées. À ma manière, je l’ai aimé. Comme un ami, un parent, un partenaire. Le père de mes fils. Je l’ai connu si tôt, et il a fait partie de ma vie si longtemps, qu’il s’est forgé dans ma vie (à défaut de mon cœur) une place particulière.

Malheureusement, moi j’étais mûre pour passer à autre chose, mais pas lui. Ce fut un choque très violent. Guérir d’une séparation et d’un divorce ce n’est pas rien. Pour lui, comme pour moi. Je me suis sentie très très coupable. Incroyablement coupable. De lui faire ça. Je me trouvais égoïste et ingrate. Je diégrais très mal ce qui m’apparaissait comme un échec monumental. Je composais très mal avec le fait de le voir souffrir autant. Je savais pourtant, que pour la première fois de ma vie, je faisais quelque chose pour moi. Véritablement pour moi. Et si je ne le faisais pas maintenant, je passerais à côté de mon cœur et de ma vie. Complètement. Mon histoire d’amour était digne d’un film, d’un rêve, d’un roman, d’une chanson à succès. Simultanément, je brisais le cœur du père de mes fils, je faisais éclater ma famille. Avec le cœur lourd et léger à la fois.

Nous avons dûs guérir de ce mariage et de sa fin abrupte, chacun pour nos raisons et chacun à notre façon. Je ne suis pas la seule à porter des cicatrices de cette union et de cette séparation-divorce. Cette union était toxique dès le départ. Peut-être y était-il plus confortable que moi. Sans doute même. Je n’y ai jamais déposé mon cœur, sauf au travers de mes fils. Car je craignais trop de souffrir encore plus. Je me gardais mon jardin bien à moi. Je ne jouais pas sur deux tableaux en même temps, pour moi il s’agissait d’un mode survie, une seconde peau, acquise très tôt dans ma tendre enfance. Ce n’est que depuis peu que je comprends, et me comprends beaucoup mieux. Les choses font doucement plus de sens, je comprends, j’éprouve plus d’auto-compassion. Car personne n’a idée à quel point je peux être dure avec moi-même. Combien je me blâme, à quel point ma croix est lourde et encombrante. Heureusement, de moins en moins.

Nous avions tous les deux avantages à ce que cette union se termine. La séquence d’événemenst menant à cette séparation ont fait en sorte que cela ne se passe pas en douceur. Pour moi, la mort côtoyait la naissance et c’était fulgurant. Pour lui ce fut brusque, violent et soudain. Si je regarde les choses avec beaucoup plus de recul, le décompte était commencé depuis un bon bout de temps. La seule chose que je n’avais pas prévue, est que l’homme de qui j’étais amoureuse, réciproquerais mes sentiments. Ça, je ne l’avais pas vu venir du tout, du tout. Le plus sincèrement du monde. Ça, ça a tout bousculé, même les plans de partir que j’entretenais dans mon jardin intérieur depuis… des années et qui arrivait à échéance.

J’ai eu très mal dans mon union avec le père de mes fils, j’ai eu mal lors de la séparation et du divorce. Lui aussi. Une chose dont je me sens encore coupable, est qu’avec cette intuition très claire dont lui seule possède le secret… il avait prédit bien des choses. Il devait capter certaines choses, que même moi je n’étais pas prête à voir aussi clairement. Il me disait souvent que je le quitterais. Dès que je serais plus libre, financièrement. Dès que je trouverais un boulot et que ma vie cesserait de tourner autour de notre famille. Et que je m’ouvrirais un peu plus au monde. Il m’a exprimé sa crainte de me laisser avancer sur ma propre route, à plusieurs reprises. Souvent en blaguant à moitié. Il disait que je le quitterais, que je rencontrerais quelqu’un d’autre. Et moi, je lui disais non. Je lui ai fait croire au contraire, lui réaffirmant que je ne le quitterais jamais. Alors que dans mon cœur, je savais une autre vérité, qui prenait de plus en plus de place. Cependant, j’ignorais que je rencontrerais quelqu’un. Dans ma tête à moi, soit je finissais mes jours tristement dans une union ou je n’étais pas heureuse, soit je quittais pour moi. Je voulais vivre pour moi, selon mes termes, qui n’incluaient que mes fils et certainement pas un autre homme. Je ne me croyais pas capable de tomber amoureuse, et je n’avais aucune envie d’hisoire de cul et de corps. Non merci. Mes doigts et mon vibrateur me suffisaient amplement. Non, je n’avais pas planifié quitter avec un autre homme. Pas du tout.

La conjoncture des choses à voulue que ce soit ce qui se passe. Je lui ai fait croire que je ne partirais pas, que ses craintes, ses intuitions n’étaient pas avérées. Il a aussi détesté de manière viscérale et pas du tout raisonnable celui qui finalement, trouverait le chemin de mon cœur. Sans même le connaître ou connaître son nom. Pour finalement se lier sincèrement d’amitié avec lui. Une chose qui n’est pas facile et simple pour lui. Il a accusé plusieurs coups et blessures. En revanche, dans les dernières semaines avant que tout éclate, j’ai verbalisé souvent mon malêtre au sein de notre couple. C’est un peu passé sous le radar alors que je lançais des messages sincères. Toujours en ne sachant pas du tout que ma vie prendrait tout un tournant. Je ne le savais pas du tout.

Rien n’est noir ou blanc, il y a beaucoup de zones de gris. Le fait est, que nous avons tous les deux pâtis de cette union et de sa fin précipitée en apparences et en partie dans les faits. En apparences car si on y regarde de plus près, on peut constater une degradation, même sans parler de mon jardin secret. Il reste que, les choses ont été soudainement précipitées lorsque ce grand amour qui couvait depuis des années, s’est finalement révélé. Je ne pouvais pas passer à côté. Je persiste à dire, que pour nous deux (l’ex et moi) c’était la meilleure chose qui pouvait nous arriver. J’espère vraiment qu’il est heureux. Quelle que soit sa version du bonheur désormais. Il y a encore des traces, des restes, mais j’ose croire aussi, que nous avons tous les deux faits énormément de chemin face à notre ancienne union et sa fin.

 

 

Sunday, February 20, 2022

Rien à cacher

 

Nous possédons tous un passé dans nos garde-robes, nos bagages. Il fait partie de nous et de notre histoire. Ce sont des matériaux de construction ayant servis, qu’on le veuille ou non, à construire cette personne que nous sommes. Au moment de rencontrer mon présent Mari, nous avions vécu tous les deux. Nous n’avions pas seize ans, nous n’étions pas intactes, nos vies ayant laisser des traces sur nos cœurs, nos âmes et nos esprits. Il y a des choses qui se devinent, des choses qui se révèlent dans les premières confidences, et d’autres qui prennent du temps à déballer. Parfois sur une honte, sur une peur. Peur de soi, peur des réactions de l’autre. Sans avoir peur de l’autre. Parfois on croit avoir tout déballer, on avance sans regarder derrière, se saisissant d’un bonheur que l’on croit (à tort) ne pas mériter. Juste au moment ou on y croit, on s’abandonne, le passé frappe à notre porte. Une personne, un souvenir refait surface et, ça nous ébranle. La peur, la honte et la douleur remontent et causent des ravages intérieurs.

Nous sommes très authentiques et transparents l’un avec l’autre. J’ai déjà entretenu la crainte que mon ex et mon mari soient trop longtemps seuls ensembles. Et que mon ex lui révèle des choses inavouables et détestables et condamnables à mon sujet. Je n’ai plus du tout cette crainte. Il n’y a absolument rien que mon ex puisse raconter à mon Mari, qu’il ne sait pas. Il sait tout. Absolument tout. Je lui ai tout raconté à la fois pour le faire fuir, pour lui permettre de faire un choix encore plus éclairé à mon sujet et par sujet d’une honnêteté sans bornes. Il n’ignore rien, à pour sa part de toute manière réclamer chaque parcelle et zone d’ombre en moi. Il ne rigolait pas, il me voulait en entier, au complet, sans masques, sans murs et sans armures. Il sait très bien à qui il a affaire. Je n’avais aucune envie de jouer, de dissimuler, de mentir. J’avais une soif de vérité, d’honnêteté et de transparence. Si cette histoire d’amour devenait réalité, elle ne serait rien de moins qu’authentique et limpide.

Idem pour lui. Personne ne peut se gausser de venir me voir et m’apprendre quelque chose. Personne ne peut tenter de me choquer, blesser et m’éloigner. Je sais. Je sais tout. Il n’y a pas de secrets, pas de dissimulation, pas de mensonges. Pas de tabous entre lui et moi. Personne ne risque de me surprendre ou de me mettre mal à l’aise ou de provoquer le moindre doute. Il est vulnérable, transparent, avec ses ombres et toute sa lumière.

C’est très particulier car nous avons vu et deviner des choses dès le premier regard et au fil des mois qui ont vus notre amitié croître. Avec en profondeur, cet amour que nous cachions à l’autre. C’est un phénomène très étrange de ''voir'' quelqu’un avant de connaître toute sa personne. De sentir, voir et savoir certaines choses, sans vraiment savoir. Je savais beaucoup de choses sans comprendre, et je ne me laissais pas abuser par ce que ses comportements pouvaient laisser suggérer. J’ai toujours senti les blessures, les tourments et le faux. Idem pour lui me concernant. Nous savions sans savoir, et désormais, les morceaux de nos puzzles respectifs sont complets et font plus que du sens.

Je suis amie avec les squelettes dans son placard, il danse joyeusement avec mes démons. Après deux décennies et demie à vivre seule dans un mariage toxique. Après une décennie et demie à trimballer un cœur qui ne battait pas et des doutes, dans une jungle remplie de plantes grimpantes et carnivores. Nous savions ce que nous voulions et ce que nous ne voulions plus. Au-delà de nos sentiments, de notre chimie, de notre connexion et de notre impression de rentrer à la maison... nous avions aussi soif d’authenticité, de transparence. Nous nous aimons avec une véracité absolue et féroce. Dans un même élan. La confiance déjà solide, n’en est qu’approfondie. C’est une si belle chose.

Nous avons nos squelettes, nos monstres et nos démons, et ils dansent tous ensemble sans secrets, honte ou discrimination. Nous n’avons pas à nous cacher, prétendre ou faire semblant. Cet amour, c’était tout ou rien et, c’était très clair pour lui comme pour moi. J’étais à prendre ou à laisser, telle quelle. Idem pour lui. Je ne le voudrais d’ailleurs pas autrement. C’est le plus bel être humain de ma connaissance. J’embrasse toutes ces blessures, ces zones d’ombre et ce qui lui apparaît comme inavouable. Pour le meilleur et pour... le meilleur.

 

 


Wednesday, February 16, 2022

Lettre à mon Ex

Je ne t’ai jamais aimé. C’est vrai. J’espérais tomber sous ton charme éventuellement. J’avais seize ans et déjà une vie riche de deuils, de violence, de drames et de pépins derrière moi. J’étais mature, mais il me manquait encore bien des expériences et, j’avais encore bien des choses à comprendre. Je l’ignorais. Comme j’ignorais que j’étais si vulnérable. Comme j’ignorais que j’étais une proie de choix, que j’étais plus fragile que je ne le croyais. Je ne voulais rien savoir de l’amour qui brise, détruit, humilie et ne laisse personne intacte. J’aspirais à un mariage avec un partenaire, un ami, et surtout, à fonder une famille. Je voulais des enfants. Je le savais profondément. C’était un de mes seuls rêves d’enfant qui avait subsisté à une enfance disons peu commune. Tu étais différent, brillant et tu m’écoutais durant des heures. Tu n’étais pas beau, tu étais petit et maigre. Tant mieux pour moi. Du haut de mon 5'9, ça faisait mon bonheur. Je ne voulais pas d’un homme grand et imposant, je me foutais carrément de ton absence de beauté. Tu étais différent, intelligent et nous avions de belles discussions. Je ne demandais rien de plus. Je ne voulais pas d’un homme qui pouvait me séduire, qui allait me virer la tête et le cœur à l’envers. Je n’en avais rien à. Pire! J’avais peur et j’avais cette idée en horreur. Je ne voulais pas tomber amoureuse.

Je ne t’aimais pas. Non. Pas comme ça. Tu étais un choix de tête et de survire, et je t’espérais un complice au long cours. Je me sentais mal, malhonnête, mais je me disais que je te donnerais tout, donc, tu n’aurais pas de quoi te plaindre. Je serais une bonne maman, pas de doute. J’avais la maternité dans la peau, comme une seconde nature. Je serais aussi une bonne partenaire et donc une bonne épouse. Notre mariage serait aussi partie intégrante de mon arsenal de protection contre les éventuels prétendants, les dangers pour mon cœur. Ça tiendrait la plupart loin, je serais tranquille. J’aspirais à être une épouse et une mère, et à avoir la paix. Les files de prétendants, très peu pour moi. Au fil des ans, mon statut marital ne découragerait pas tous les hommes, mais tiendrait une bonne majorité loin.

Je ne t’aimais pas, mais j’ai été fidèle et loyale, ça, personne ne peut dire le contraire. Si je suis honnête, avec le recul, il y a eu plusieurs alarmes et plusieurs signes de ce que risquais de devenir notre union. Tu m’aimais plus que moi je ne pouvais t’aimer. Je t’aimais tout au plus comme un ami, et lorsque tu as atteint le statut de père de mes enfants, j’ai été perdue. Vulnérable. Avant pourtant, j’ai eu quelques années pour ouvrir les yeux, mais je les ai fermés. Pour des raisons que j’ignore et d’autres que je continue de découvrir et de comprendre. Mes parents ne t’aimaient pas. Mes amis ne t’aimaient pas. Tu n’étais pas facile à aimer. Colérique, égocentrique et socialement inadapté. Timide, pétris de mille complexes, et je le découvrirais plus tard, dévoré de tares d’ordre de l’intime. Les drapeaux rouges étaient si nombreux, mais j’espérais te sauver, t’aider. Pas te changer. Simplement t’aider. Je savais aussi, une chose particulière. J’avais compris que tu m’aimais d’une manière particulière. Solide et très forte. Indéterminé. Pour moi, c’était le chant d’une sécurité. Je ne comprenais pas à l’époque que cela tenait plus de la possessivité et de l’obsession. Oui tu m’as aimée plus que moi je t’ai aimé, mais dans ces sentiments, il y avait aussi un amas de trucs malsains. Moi, je n’ai pas compris. J’étais trop jeune et naïve. J’ai cru reconnaître l’amour inconditionnel et une sécurité. Je ne t’aimais pas, mais je te remettrais au centuple tes sentiments que je croyais nobles. J’étais une rêveuse, une idéaliste et une fille loyale, même si je n’engageais pas mon cœur.

Il y a eu tellement de signes. Je les ai tous ignorés, comme j’ai ignorés mes proches. Devant ma tête de cochon, ils se sont tous tus et, nous avons pu nous marier. Personne ne le savait, sauf moi. Mais l’absence de la robe blanche à nos épousailles, n’était pas un choix anodin. Ma robe était rouge. Je ne me mariais pas par amour, je ne porterais donc pas de blanc. Le blanc, c’était pour ce rêve remisé depuis très longtemps, enterré comme une impossibilité finale. Le blanc, c’était pour mes rêves de petite fille, morts depuis lurette. Ce n’était pas pour moi. Le mariage pour moi, demeurait une promesse et un engagement, et même si je ne t’aimais pas d’amour, j’étais bien décidée à l’honorer. J’ai choisi le rouge. Une couleur que j’aime depuis toujours. C’est aussi la couleur du sang, et ce n’était pas un hasard. Je ne savais pas ce que j’allais sacrifier, ce que j’allais donner, mais je savais que je t’offrais ma vie, dans cette étrange balance entre toi et moi. Je savais que je renonçais à certaines choses. Le rouge sacrificiel était donc silencieusement à l’honneur. J’ai craint de commettre une erreur, j’ai failli reculer, mais jeune fille  obstinée , j’ai foncé. Je n’allais certainement pas reculer. J’avais dix-huit ans. J’étais belle, jeune, et aussi sincère que possible, décidée à faire de toi un homme heureux, et tellement plus innocente que je ne le croyais.

Je n’étais pas du tout amoureuse de toi. Et dès le départ, il y a eu des indices de ce qui m’éclaterait au visage au fil des années à venir. Jusqu’au niveau de l’intimité. Tu as commis certaines bévues sur lesquelles j’ai passée l’éponge un peu trop facilement. J’en ai plusieurs en tête. J’aurais dû comprendre et me sauver. Avant d’avoir les enfants, je n’étais pas aussi vulnérable. Je n’ai pas tout compris et j’ai cru que je pourrais te sauver. Tu n’as jamais été du type fidèle, même si jamais tu ne m’aurais quitté. Je ne comprenais pas tout cela. Tu as mis notre famille en jeu à quelques reprises, tu as joué avec mon corps et le peu que je t’offrais de mon cœur.

Notre sexualité a toujours été étrange dès le premier jour. J’ai initiées les choses, comme on saute d’une falaise. J’avais décidé que ce serait toi. Une formalité, un instinct de survie étrange. Parfois une pulsion de colère, et à quelques reprises, un pur instinct de reproduction. Je n’ai jamais été très à l’aise, et cette partie de moi qui avait appris à se faufiler ailleurs lors de mon viol, est intervenue souvent. Surtout au début. Pour le reste, j’incarnais ce que je croyais que tu désirais. C’est la triste vérité. Sexuellement, durant toutes nos années ensemble, je n’ai été heureuse qu’avec mes doigts et mon vibrateur. Dont tu serais jaloux d’ailleurs. Notre vie intime et sexuelle a été ponctuée de plusieurs de tes crises, excès et problèmes. Le clou dans le cercueil furent pour moi, ces mois au cours desquels j’ai essayé de te sauver et de t’aider, en plongeant dans tes univers et tes dépendances. Tu le sais, et je le sais, ce ne fut pas très positif pour moi. Ce fut difficile, destructeur et perturbant. Au bout de plusieurs mois, j’ai décrété que je n’en pouvais plus, que c’était fini. J’avais assez donné. Je m’étais trahie, salie et brisée. Pourquoi? Pour le père de mes enfants. J’avais voulu partir plusieurs fois, mais les enfants étaient petits, et je suis loyale. Terriblement. Je ne voulais pas briser ma promesse (le mariage) et je ne voulais pas te laisser tomber. Tu es le père de mes enfants, et ce statut te donnait beaucoup de marge de manœuvre. Je voulais t’aider, te soigner, te sauver. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus, jusqu’à ce que je sois profondément brisée.

Après cette période, honnêtement, je savais que le sort de notre union était condamné. Je ne savais pas quand ni comment, mais je te quitterais. Il fallait laisser les enfants grandir encore un peu. Il fallait que je me construise une situation bien à moi, aussi, avant de songer à partir. Je ne voulais pas te faire payer, je ne voulais pas d’esclandre et de divorce sanglant. Pour les garçons. Et j’ai tenue parole. Je ne suis pas parfaite, j’ai fait un tas d’erreur mais j’ai tenue parole. Je savais donc que je ne resterais pas avec toi toute ma vie. Je savais aussi que je ne comptais pas me remarier. Certainement pas! Pas d’amour non plus. Après des années offertes à une union très très longue depuis mes seize ans... mon univers continuerait de tourner autour des garçons, et je vivrais une vie de moniale célibataire sans difficulté. Je ne savais pas quand je partirais, mais je partirais.

Il s’est encore passé bien des choses dans nos vies, les années ont filées. Je regardais le temps passer, en attendant le moment propice. Il se rapprochait. Tout s’est accéléré lorsque Réal est décédé. Tu as fait montre d’un grand égocentrisme à une ou deux reprises. J’étais incrédule et furieuse. Je ne voulais pas être avec un homme comme toi. Je n’en pouvais plus. Notre mariage était toxique pour moi, mais aussi pour toi. J’espère sincèrement que tu le constates avec le recul. Nos fils sont la plus belle chose issue de notre union. Lorsque Réal est décédé, quelque chose en moi s’est fissuré. Pas comme une crise, mais comme si ça libérait une version de moi. Je me souviens t’avoir dit quelques secondes après avoir appris sa mort, que j’étais seule. Tu n’as pas tellement apprécié. Pourtant, en cet instant, j’étais lucide et d’une grande franchise. Je savais que je ne pouvais plus continuer à vivre comme ça. Authentique, notre vie maritale m’empêchait de l’être entièrement. J’étais prisonnière et assoiffée de liberté. Loin de ton joug, loin de notre histoire devenue trop lourde à porter. Loin des traumas, des cris, des souvenirs perturbants. Loin des mensonges. J’ai planifié mon voyage en Irlande, et on sait très bien toi et moi, que ce voyage, un peu plus d’un an après la mort de Réal, ne fut pas merveilleux. Je suis parvenue à en profiter, j’ai vécu des moments très forts... seule. Ton accident avec la voiture, ton stress, tes colères, tes impatiences, tes menaces... et moi qui achetait la paix et la promesse d’un lendemain, avec... mon corps. J’ai compris que j’avais fait cela souvent dans notre vie à deux. Étendre mon corps sur le tien, pour panser tes blessures, calmer tes colères et acheter la paix. Trop souvent. Cette prise de conscience loin dans un autre pays, m’a fait l’effet d’une gifle. Ce fut trop. Je savais que j’allais te quitter.

Je planifiais honnêtement attendre les dix-huit ans de notre cadet, et te parler ensuite. Dans les semaines et mois à venir. Tu criais après les garçons, surtout après notre grand. Au moins, depuis notre divorce, tu as développé un autre type de relation avec eux. Mais à l’époque, c’était un des gros gros facteurs. Tu avais voulu mettre notre aîné à la porte deux fois déjà, te fâchant car je prenais son parti. Je me souviens très bien que tu étais furieux la dernière fois, lorsque que je t’ai dit, que je partirais avec lui. Tu étais furieux que je le choisisse lui et non toi. Dans ces mois tumultueux je t’ai laissé plusieurs indices clairs sur le fait que je n’étais pas heureuse. Notre heure avait sonné, et je préparais silencieusement et doucement ma sortie.

Au retour de l’Irlande, des événements sont venus bousculer ma vie. Comme tu le sais maintenant, moi et le Géant, nous nous rapprochions toujours de plus en plus. L’amour au premier regard. Le seul amour que je n’aie jamais ressenti. Je savais la chimie entre nous, mais entre chimie et sentiments réciproques, il y a tout un monde. Pourquoi je ne t’en ai pas parlé? Pour plusieurs raisons. Tu n’étais plus mon ami, ni un semblant de confident depuis bien longtemps. Ma vie interne, cette inimitié entre moi et moi, que j’entretenais depuis l’enfance, avait pris le dessus depuis bien, bien longtemps. Il fut une époque, jeune épouse naïve, loyale et surtout, maman qui ne voulait pour rien au monde trahir le père de ses enfants et mettre en péril sa précieuse famille, je me serais sans doute ouverte à toi. Oublie ça, ça faisait longtemps que je m’étais refermée. Je ne t’ai donc jamais parlé de mon cœur qui palpitait en sa présence, de notre chimie. J’ai même fait taire ta jalousie terrible, alors même que je ne connaissais même pas son nom! Mais tu avais peut-être eu là, une de ces intuitions démentes dont tu as le secret. Tu sembles avoir été très lucide et en avance sur lui et moi. Moi, j’ai tu mes émois tout en essayant de les tuer. De les ignorer. Des les enterrer. Difficile lorsque tu côtoie cette personne chaque jour et que votre connexion est si fulgurante et foudroyante. Je me suis protégée en érigeant mon sacrosaint mariage entre lui et moi et ça a fonctionné quelques années. Il a mis du temps à voir que quelque chose clochait. La mort de Réal est venue causer bien des fissures dans mon mur illusoire et la vérité a commencé à filtrer. Ce furent des mois étranges ou je gérais notre vie, tout en faisant taire mes sentiments pour cet homme qui n’était pas mon mari. Une partie de moi avait terriblement peur ce cette chimie, et n’en voulait pas. J’avais réussi à protéger mon cœur jusqu’ici. Pourquoi lui? Pourquoi maintenant? J’ai brandi si fort notre mariage et ma morale impeccable. Puis, la mort de Réal m’a laissée le souffle coupé. J’ai mis bien du temps à reprendre et retrouver mon souffle. Dans toutes les sphères de ma vie en fait. Entre la mort de Réal et l’Irlande, ma vie a doucement pris un autre tournant. Je savais que je te quitterais. Je ne savais pas que mon amour pour le Géant serait réciproque. Et qu’il balaierait tout sur son passage, même les obstacles. J’ignorais que ledit Géant aurait le courage nécessaire pour réfléchir à une vie avec moi, et encore moins qu’il irait jusqu’à m’offrir son cœur. Nous nous sommes rapprochés chaque jour un peu plus, suite à la mort de Réal. Même un peu avant son départ. Ironiquement, toi et moi, nous nous éloignons chaque jour un peu plus. Lentement mais sûrement, nos véritables sentiments que nous avons essayé de noyer dans notre amitié, devenaient de plus en plus évidents. La réciprocité aussi. À notre plus grand mélange de consternation et enchantement à tous les deux. Nous savions que nous avions entre les mains, un amour unique. Nous n’avons cessé de nous rapprocher.

J’ai lutté en vain, après l’aveux de ses sentiments, même si je les ai réciproqués. Je n’ai posé aucun geste qui aurait pu porter préjudice à notre mariage. Je n’étais pas prête, j’avais la trouille. Moi, je me voyais partir seule, avec les garçons. Je me voyais te quitter dans quelques mois. Oui je l’aimais. J’aimais pour la première fois de ma vie, depuis le premier regard échangé. J’étais bouleversée et dépassée. Puis, j’ai compris que l’on ne vit un amour comme ça, qu’une seule fois dans une vie, et encore, si on a de la chance. Nous avions une chance inouïe et je l’aimais de tout mon cœur. Je n’allais pas laisser passer cet amour. Je n’allais pas sacrifier cet amour pour un mariage qui me tuait, ni même pour le principe de partir seule et vivre seule. Les choses se sont emballées. C’est ça que ça fait un amour aussi grand. Ça emporte tout sur son passage, bon gré et mal gré. Pour le meilleur au final, mais générant des difficultés et bousculant gens et situations au passage.

Je n’étais déjà plus là depuis longtemps. J’aspirais à partir depuis si longtemps. J’aspirais aussi à te libérer. Sincèrement. Tu méritais de vivre une vie sans une femme qui ne t’aimait pas. D’être libre de vivre une vie qui te ressemblerait. De connaître la vérité. Je ne t’ai jamais aimé, non, mais je t’ai donné tout ce que je pouvais donner. Absolument tout. Sans compter. Oui, mon focus c’étaient les enfants, et le tien, moi. Je suis terriblement désolée si je t’ai blessé. De ton côté tu as enfoui bien loin, les outrages nombreux, les violences, les torts. Tu me les as admis un soir, puis tu as tout emballé depuis. Tu sais quoi? So be it. Sois heureux. Sois là pour nos merveilleux garçons, comme tu le peux. Moi, je sais qui je suis, ce que j’ai fait, et je le reconnais et c’est important pour moi. Je ne suis pas meilleure, je suis juste à MA hauteur. Je veux et je peux me regarder dans un miroir sans peur, ni honte. J’étais une enfant, ça n’excuse pas tout, mais ça explique beaucoup. Je t’ai vraiment tout donné. Sauf mon cœur. Et encore, je t’en ai offert une partie, ce que je pouvais. Ça n’a pas suffit. Ni à toi, ni à moi.

Tu m’as mise à la porte sans savoir que mon cœur et même mon corps appartenaient à un autre. J’ai plaidé une semaine à dormir sur le divan, en te disant que nous avions des choses à se dire. Que j’avais des choses à te dire. Oui, j’avais déjà sauté la clôture. Mais je ne voulais pas faire de toi le dindon de la farce et, de lui, un amant et une aventure extra-conjugale. Il était plus que ça. Il était mon Amoureux. Et tu méritais de savoir, mais les choses ne se sont pas passer comme espérer ou imaginer. Notre mariage s’est terminé il y avait bien longtemps, dans mon cœur à moi. Dans ta colère, tu nous as peut-être rendu service à tous au fond. La suite des choses nous la connaissons très bien toi et moi. J’ai été une épouse sans cœur qui a tout donner. J’ai voulu réussir cette séparation. J’ai été à la hauteur de nos enfants et j’ai été présente pour toi, envers et contre tous.

Tu refais ta vie et si tu savais comme j’en suis heureuse! Tu te souviens que c’est ce que je te souhaitais, lorsque tu fumais, buvais et consommais une femme de petite vertu? Je te souhaitais de te reprendre, de regarder droit devant. De trouver une femme bien, qui elle t’aimerait. Qui serait un plus dans ta vie et celle de nos fils. Je te souhaitais de trouver l’amour. Une femme qui t’aimerait comme moi je n’ai pas su. Je te veux heureux. Tu es 24 ans de ma vie, pour le meilleur et pour le pire. Tu es le choix que j’ai fait. Tu es surtout, le père de mes deux merveilleux fils. Par eux, nous serons toujours liés. Nous nous devons d’être à leur hauteur. Nos liens sont étranges, surtout depuis que je suis mariée. Courtois, voilà ce que nous sommes. C’est un beau minimum et c’est tant mieux. Malgré tout ce qui s’est passé, tu serais mal pris demain, je serais sans doute là. Car tu es le père de mes merveilleux fils. Et qu’il me reste un fond de cette loyauté étrange. Nos routes sont séparées. Je suis follement amoureuse, je me cherche et je me trouve encore, dans ce nouveau bonheur. J’espère que tu es heureux, amoureux, épnanoui. Merci pour nos deux fils, et bon voyage pour la suite de ta vie. Sois heureux, aimé et libre.

 


 

Saturday, January 22, 2022

Deux faces


J’ai passé la grande majeure partie de ma vie à incarner l’épouse parfaite. Vivant ma maternité, qui était le véritable centre de mon existence. Je n’ai connue qu’une relation très longue; de mes seize ans à mes quarante ans. Vingt-quatre ans de ma vie. Un choix fait avec ma tête, un mariage de raison, de mon côté. J’ai pris à seize ans, des décisions immenses qui allaient entraîner des conséquences importantes sur le reste de ma vie. Et celles d’autres personnes aussi. Jamais je n’aurais pu prévoir ou envisager la suite des choses. J’ignorais aussi, la femme que j’étais et que j’allais devenir.

La maternité était au cœur de ma vie, et mon mariage ne tournait pas du tout, en rien, à ce que j’avais planifié et, espérer. J’espérais avoir marié mon meilleur ami, un complice à défaut d’un amoureux. Je ne voulais pas être amoureuse. Mon union s’est avérée désastreuse, mais pour des raisons financières, mais surtout à cause de mes enfants, je suis restée. Et j’ai nourrie cette image parfaite de notre mariage. Cela me protégeait d’autres hommes, d’autres histoires… cela finirait aussi par m’isoler des miens. J’ai fait de mon mieux.

Dans ce contexte, mariée aussi tôt que dix-huit ans, j’avais encore tellement à découvrir mais je l’ignorais. J’avais vécu beaucoup, même trop… mais il me manquait aussi beaucoup d’expérience de vie. La maman a pris toute la place et la femme dans ce mariage, ne pouvait pas s’épanouir. J’ai toujours été très seule, ce mariage n’a pas fait exception. J’ai fait connaissance de la femme en moi, de manière cahoteuse. Au fil des ans. Ma véritable fougue sexuelle ne pouvait pas s’exprimer dans mon couple. Nos intérêts étaient aussi, très très éloignés. J’ai plongé dans ces univers, mais cela me faisait trop mal. Un jour, j’entrerai peut-être dans ce segment de ma vie.

Je suis une femme qui possède une importante libido. Mon corps en entier semble pouvoir éprouver de la jouissance. Je suis un drôle de moineau. Pour les autres, je suis super ouverte d’esprit. Moi? Je suis monogame de chez monogame. En revanche, les scénarios, les fantasmes et certaines pratiques ne me font pas froid aux yeux. Bien au contraire. Je n’avais pas le bon partenaire pour explorer ces zones de ma personne. Cette intimité, je l’ai vécue avec moi-même, jusqu’à mon second mari, qui est aussi, l’unique et premier amour de mes vies.

Nous avons une vie sexuelle vraiment épanouissante, et une intimité profonde. Entre nous, l’attirance magnétique, irrémédiable et alchimique est présente depuis le premier regard. Et je trouve la vie drôlement bien faite… mes fils sont des adultes. Cet autre chapitre de ma vie, c’est le mien. Mes fils sont toujours aussi importants. Ce qui a changé, c’est l’importance que je m’accorde dans ma propre vie. Je me suis choisie et, tout cela à déboulé sur ma présente vie amoureuse et sexuelle. Après des années à incarner une épouse irréprochable et unidimensionnelle, voilà que j’explose et j’explore ma féminité et ma sexualité pleinement. Et je n’ai plus à faire le choix entre la Madone et la Putain. J’ai toujours su, en silence, que j’étais les deux. Sans compromis, sans avoir de choix.

Mon appétit sexuel est vorace, mon besoin d’intimité et de sentiment lui sont égaux. J’ai trouvé un partenaire qui a les mêmes besoins, la même nature. Nous sommes terriblement bien assortis. C’est hallucinant à quel point nous sommes compatibles. C’est très libérateur d’assumer et assouvir les deux facettes (et même plus) de ma personne, partout, incluant sexuellement. J’ai eu plus d’amis proches masculins, mais j’ai connu beaucoup d’amitié moins proches avec des femmes. Jamais je ne me suis reconnue dans les discours, désirs et anecdotes des femmes qui ont gravité autour de moi. Ou très très peu souvent. Les pratiques qui me rendaient curieuse, ce qui m’allumaient… révulsaient les autres femmes. Ce qui fait que je n’osais pas parler.

Je trouve ça encore dommage que les deux images; Madone et Putain, soient dissociées. Alors qu’elles sont toutes les deux présentes chez la plupart des femmes, à des degrés divers. Chez moi, elles se côtoient pas mal à parts égales. En moi, elles se tiennent maintenant la main. Je les assume entièrement, et désormais, pas seulement dans ma propre intimité… moi avec moi. Dans une intimité partagée. Je trouve ça dommage et ça fait mal à la femme en moi, de savoir que plusieurs femmes sont encore déchirées entre les deux. De moins en moins mais, encore trop. 


 

Ton regard sur moi

  Ton regard sur moi améliore celui que je pose sur moi. Je me rends compte, à défaire mes derniers nœuds et à rencontrer mes derniers traum...