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Wednesday, July 13, 2022

Les amitiés éphémères


Toutes les amitiés ne sont pas pour la vie. Un concept à la fois difficile et facile à comprendre lorsque l’on est moi. J’ai perdu un nombre un peu trop impressionnant de gens dans ma vie. Dire aurevoir, c’était devenu une spécialité. Quitter avant d’être quittée. Accomplir ma mission, laisser les gens mieux que je ne les avais trouvés, et prendre la poudre d’escampette. Éviter les blessures à tout prix. Ça, c’est lorsque la perte ne résultait pas de la mort, et que je demeurais impuissante et brisée. Ce qui m’est arrivé trop, trop, trop souvent. Voilà pourquoi c’est facile.

C’est parfois difficile car au fond de moi, je suis férocement loyale. Un mot qui se fait rare dans le concret aujourd’hui. Du moins, de ce que moi, j’observe. Je suis loyale et lorsque j’aime, c’est fidélité et loyauté. Je peux parfois recevoir beaucoup de coups avant d’ouvrir les yeux sur une situation toxique.

Cela m’arrive vraiment beaucoup moins rarement. Ma tendance à fuir m’ayant protégée de beaucoup de situations du genre.

Les amitiés éphémères maintenant.

Celles qui sont forte la durée d’une saison, d’un événement, d’un cycle. Habituellement je les distingue aisément et je ne m’accroche pas les pieds dans le tapis. Je continue ma route, jusqu’à ce que nous route se séparent. Me menant ailleurs, sur une autre route, vers de nouvelles aventures. Ces dernières années j’ai vécues énorméments de changements. Certaines personnes vivent des changements sur un plan; mort, vie amoureuse, vie professionnelle, santé, etc. Ma vie dans son ensemble a éclaté sur tous les plans. Dans ce capharnaum chaotique, j’ai laissé entrer des gens que je n’aurais pas laissé faire leur nid dans ma vie. Aurais-je été moins vulnérable, j’aurais distingué les éphémères des permanentes.

Ma vie, ma tête et mon cœur tous à l’envers, j’ai navigué et fait de mon gros mieux. J’ai mélangé les amis pour toujours et les amis d’une saison.

Mais voilà. Je suis retombée sur mes pieds. Les couleurs de la vie m’apparaissent clairement. Je vois clair. Je sais de nouveau et, je comprends. Malheureusment j’ai laissé s’installer des âmes qui auraient du n’être qu’éphémères. Qu’un passage dans ma vie.

Dernièrement, mes plus chers et chères amis et amies reviennent en force dans ma vie. Qu’ils n’ont en fait jamais quittée. Mais moi, j’ai les yeux grands ouverts et, je les apprécie de nouveau à leur juste et précieuse valeur. Certaines amitiés cependant, s’efface doucement. Perdant de leur force, raisons et magie. Elles aussi je les vois plus clair.

Aussi loyale suis-je, certaines manifestations déplacées ne peuvent simplement faire partie de ma vie. Certaines choses ne se font simplement pas. Il est simplement temps de doucement tourner la page, de discrètement continuer, et passer mon chemin.

Wednesday, July 6, 2022

Bambi et le méchant loup

Lorsque tu as seize ans, que tu es hypothéquée et que l’Amour te fait déjà peur... et que tu proviens d’un milieu qui ne te permet pas de distinguer ce qui est normal de ce qui ne l’est pas. Tu crois que tu sais voir venir et que tu sauras éviter. Tu ne sais pas que des variations sur le même thème de violence et abus existent. Tu acceptes et tu composes avec certaines choses qui sont moins pires et qui frôlent une normalité qui est en fait anormale. Tu n’es pas amoureuse, soit. , tu tombes quand même dans le piège. De la sécurité. Il t’aime et il assure, il sera un partenaire de vie et un père fiable. Peut-être même parviendras tu à baisser ta garde et à tomber sous son charme, le temps passant?

Ces grands gestes romantiques, ses visites à l’improviste, ses lettres et ses appels (parfois plusieurs fois par jour, certains jours) t’irritent au départ. Cependant, à un certain moment, tu capitules sans même t’en rendre compte, et, tu commences à faire confiance. Dans un monde gris et terne et dur, ce romantisme affiché et forcé, fait ta conquête lentement mais sûrement. Il veut savoir absolument tout à ton sujet, il s’infiltre partout.

Un jour tu te retrouves mariée, puis avec un et puis deux enfants. Puis la maison en région, puis les colères qui éclatent, la dévalorisation, les infidélités, diverses formes de violences, une violence financière que tu ne sais pas identifiée au moment des faits. L’isolement. Des amis, de la famille.

Même si tu n’es pas amoureux, ce rôle qui nous est proposé partout (romans, films et séries) fini par fracasser tes barrières. La sécurité, le romantisme, le dévouement. Qui tournent rapidement au vinaigre. Et au fil des ans, les choses s’envenimement. Relation toxique, et les signes m’apparaissent si clairement désormais... à 43 ans.

Ça peut donc arriver que l’on cherche l’amour, que l’on soit ouverte à l’amour, ou que l’on cherche un partenariat et une sécurité. C’est très ironique, dans mon cas, que j’aie voulu éviter un mariage toxique en évitant l’amour, et que je sois tombée en plein dans le panneau. L’ironie est que plus de vingt ans plus tard, je me retrouve dans une relation grandiose et magnifique, qui a débutée très lentement. Par une amitié, entre collègue au quotidien. L’amour qui foudroie au premier regard de chaque côté, mais des années avant de naître à la réalité. Bien au contraire de se séduire et se bombarder, nous avons misé sur une amitié. De mon côté j’ai franchement lutté. Contre mes sentiments, contre l’évidence du départ.  Finalement, notre amour a pu prendre de solides racines dans ces années d’amitié. Les événements se sont déroulés vitesse grand V une fois notre Amour avoué et réel et inévitable. Certains événements ne nous laissant pas beaucoup de choix. Nous étions mûrs. Nous étions prêts aux bouleversements. Depuis, nous continuons de prendre notre temps, de grandir et croître côte à côte et puis ensemble. Cet amour est un havre de paix, un terrain fertile pour retrouver ma liberté et m’épanouir. Idem pour lui. C’est aussi un Amour immense, absolu et renversant. Au sein duquel nous sommes en confiance et épanouis. Ainsi que renversés et ivres l’un de l’autre. Nous nous fondons l’un dans l’autre, et nous nous trouvons et retrouvons. Nous nous connaissons mieux que jamais, comme couple et comme individus. C’est beau, fort, profond, sain et incroyable.

L’Amour absolu existe. Rare? Oui. Rare de trouver SA personne. Rare aussi un engagement commun aussi équilibré, totalement réciproque et absolu.

J’ai essayé de contrôler les paramètres de ma vie et je me suis retrouvée dans une relation toxique. Je ne contrôle plus rien, et, ce qui est sain, équilibré et épanouissant inonde ma vie, mur à mur.

Ironique vous dites?

Tuesday, July 5, 2022

Virginité


La virginité est un concept aussi farfelu que celui de la pureté à mes humbles yeux. Un commentaire laissé ici, une discussion et moults réflexions m’ont menée à écrire. Assez curieusement, lorsque je me suis séparée à quarante ans, après vingt quatre années avec le seul et même homme, cela créer une commotion cocasse. Au départ, nous tenions notre Amour pas secret, mais discret, pour plusieurs bonnes raisons. Nous formions un couple, mais nous étions aussi, des collègues. J’étais aussi, sa supérieure. Ces raisons parmi tant d’autres. Cependant, je mettais tout de suite les choses au claire, lorsqu’un homme se montrait entreprenant ou intéressé. Et il y en a eus des hommes qui se sont soudain révélé amoureux, séduits ou qui ont simplement tentée leur chance. Plusieurs hommes ont émergé de mon passé, dont plusieurs dont je n’aurais jamais soupçonné les ardeurs. Une chose est revenue souvent, dans les propos des ces prétendants non sollicités. Une fascination pour ma soi-disant ‘’pureté’’. Le mot ‘’virginale’’ a été prononcé à quelques reprises lui aussi.

Je me suis étouffée plusieurs fois sur une gorgée de thé ou de whiskey lors de retrouvailles ou de souper avec ce que je croyais naïvement des amis. En entendant souvent – trop à mon goût – ces deux mots. Pure. Virginale.

À un certain moment, cela m’a agacée, irritée. J’avais quarante ans, j’avais enfanté deux fils. Je n’étais pas l’incarnation de la Vierge Marie, ni une jeune fille vierge. Loin de là! Pourtant, cela continuait de revenir dans mes échanges… j’étais spéciale. Une espèce en voie de disparition. Une denrée convoittée, et j’aurais du être flattée qui plus est! En fait j’étais découragée et irritée. Un peu éberluée et incrédule aussi. En 2019 les hommes s’accrochaient encore à de tels concepts? J’aurais du être flattée?

Hé bien, non. Je trouvais cela franchement arriéré et rétrograde. Je trouvais aussi cela très réducteur. Mon pouvoir de séduction à entendre la vaste majorité d’entre eux, tenait au fait que je n’avais connu qu’un seul et unique homme. Que je dégageais quelque chose de pur et candide. L’ironie étant que tout cela, moi, me faisait sentir très insécure dans ma toute nouvelle relation. La deuxième de toute, toute, toute ma vie. Je ne me sentais pas pure ou virginale. Je me sentais gauche, maladroite et dépourvue d’expérience! Je ne voyais rien de sexy dans ma situation et, je ne voyais pas les choses sous le même angle que ces hommes en quête de vierge et de pureté.

Hallucinant d’être réduite à ceci. De voir ma valeur réduite au nombre de mes amants? J’étais trop heureuse de leur dire que j’étais déjà en couple, il va sans dire. Combien de fois me suis-je faite dire ‘’Il est chanceux, j’espère qu’il le sait.’’ Combien de fois, j’ai roulé des yeux, dans la face de ces messieurs.

Oui, j’ai eu un seul amant avant mon présent mari. Oui, j’ai été loyale et fidèle. Et mes pratiques avec mon partenaire de l’époque, n’étaient en rien remarquables, extravagantes ou excentriques. Pas beaucoup de piquant. Oui j’avais emmagasinés beaucoup de fantasmes et d’envies inassouvies. Oui, j’avais beaucoup de choses à découvrir et à apprendre. Surtout, à partager. Ces hommes passaient complètement à côté de ma vérité (en plus d’être ridiculement rétrogrades) qui était en fait, celle d’une femme vulnérable, avec un vécu, du bagage et beaucoup d’insécurités. Moi, je ne trouvais pas ça cute, spécial et précieux. Dans mes propres souliers, c’était oui, beaucoup de premières fois, et c’était particulièrement stressant. Excitant et délicieux, oui, mais angoissant tout de même. Heureusement mon partenaire, ne me réduisait pas à ces concepts hideux.

Monday, July 4, 2022

Marie et moi

 

Assez drôlement, elle est celle que j’ai prié alors que ma mère m’imposait le christianisme qui la rassurait. Elle s’y est refugié lorsque ses propres dons lui ont fait terriblement peur, et lorsque sa mère décédée ne fut plus là pour la guider et la rassurer. Je réalise beaucoup de choses. Consciemment ou non, je crois que malgré la pléiade de déesses, dont d’importantes déesses patronnes, elle a laissé sur ma vie une empreinte bien plus vaste et profonde que je ne le croyais.

Pour moi c’est une déesse et son mythe, l’un des plus connus du monde.

Je me rends compte que j’ai vécue ma vie un peu comme cette déesse que l’on voulait froide, passive et mère. Pure, loyale et maternelle. Je me suis jetée dans un mariage et je n’étais déjà plus vierge. Ayant été sauvagement violée à onze ans. Cependant, je me suis jetée dans ce mariage avec un homme choisi à seize ans. Bâtissant toute ma vie sur des certitudes dont je ne saisissais pas l’instabilité soumise au temps. Naïveté de mes seize ans. J’étais écorchée et mûrie trop vite, mais encore une enfant. Je me suis livrée moi-même à un mariage que je croyais une forteresse sécuritaire. Je n’avais pas reconnu plusieurs signes de violences et d’abus qui suintaient déjà chez cela qui deviendrait le père de mes enfants.

Mes enfants. Ils étaient la raison de ce mariage. Je désirais une famille. Pour laquelle je ferais tout. J’ai tout fait et j’ai tout donné. J’ai incarné l’archétype de la mère à deux cent pourcents. L’épouse? J’ai rapidement compris qu’elle serait accessoire, et jamais un rôle épanouissant. Pas dans cette union là en tout cas.

C’est quoi le rapport avec Marie?

Un de ces nombreux aspects, est cette vision d’une femme passive, maternelle et un peu froide et sans reproche. Sensualité et sexualité, une nécessité, un devoir. Au moins ce serait avec un seul homme, et je ne l’aimerais pas. Je me voulais intouchable. Je me voulais froide. Je me voulais mère. Maman était mon titre et non pas celui d’épouse. J’ai essayé, mais il n’y avait rien là pour moi, outre des apparences creuses d’une réalité malheureuse.

Non, je n’étais pas vierge et j’offrais mon corps les yeux fermés. À un seul homme. J’étais prise dans la forteresse de mon rôle d’épouse, qui protégeait mon rôle réel; celui de mère. Aucun homme ne m’approcherait. Aucun homme ne me toucherait. Aucun homme ne prendrait mon cœur en otage. Ce mariage vide d’amour était une parfaite couverture.

Aux yeux des autres, j’étais la mère et l’épouse honorable et intouchable. Assez pour tenir à distance bon nombre de prétendants qui se sont révélés dès que ma séparation fut ébruitée.

J’ai aimée cette déesse et peut-être, sans le savoir, l’ai-je prise pour inspiration. À tout le moins, une part de son mythe. L’une de ces interprétations. Honorable, touchée par un seul homme et mère. Épouse loyale et fidèle, femme de devoir et dévouée à sa famille. Une certaine aura, mais aussi une certaine froideur.

Je fais un drôle de lien entre elle et moi, et pourtant à mes yeux, il fait beaucoup de sens. D’ailleurs, que sait-on vraiment d’elle, de ce qu’elle ressentait face à un destin qui la dépouillait de tant de facettes d’elle-même? Que sait-on vraiment d’elle? Nous avons aussi cela en commun; personne ne savait ce qui se passait vraiment dans mon cœur et ma tête, et derrière les portes closes de ce mariage dans lequel je me suis jetée comme sur un voile. Certaines jadis prenaient le voile et Jésus comme époux. J’ai choisi mon mari pour des raisons pratiques, en espérant le mieux. Et du pire qui en fut, j’ai fait le mieux. Le mieux que j’ai pu. Et j’ai découvert l’amour, dans ces deux âmes sorties de mon ventre. Mon cœur avant eux, était glacé et couvert d’engelures invisibles. J’ai été une Mère véritables et une épouse honorable longtemps. Accomplissant mon devoir et mon devoir conjugal. Je mettrais beaucoup de temps, à fondre et, à voir émerger jusqu’à incarner, cette femme qui sommeillait en moi.

Tuesday, February 22, 2022

Dormir ailleurs

Il y a très peu de temps, mon Mari m’a fait la surprise d’une Saint-Valentin dans une maison victorienne, reconvertie en B&B. Chambre-librairie et lit à baldaquin. C’est très drôle à quel point cela m’a fait du bien et j’y ai réfléchi au retour à la maison. Parce que, non, ce n’est pas car je ne suis pas bien dans notre petit nid. Au contraire, j’ai eu deux maisons et je crois pouvoir dire que je n’ai pas souvent été aussi bien et en sécurité que dans notre petit cocon. Dans les deux maisons que j’ai possédé avec mon ex, j’étais la sécurité de mes enfants, mais moi, je vivais, comme depuis pas mal toujours, en funambule. Partout autour de nous dans notre petit nid, il y a des souvenirs, des curiosités, des photos et des plantes. Pas de minimalisme, ni de décor nordique ou zen épuré. Nope. C’est coloré, vivant et vibrant. Partout, mon regard se pose sur des livres, des objets, des photos. Chacun, porteur d’un souvenir. J’irais jusqu’à dire, chacun, porteur de plusieurs souvenirs. C’est vraiment ‘’chez-nous’’. Mon Mari et moi, nous nous sommes un nid qui nous ressemble et qui nous parle. Qui nous plaît. Nous habitons chaque recoin de notre espace loué dans un quartier que j’adore. Un coin que j’espérais éventuellement habiter. Et m’y voilà. La vie est curieuse dans ses surprises et ses beaux faux-détours.

Être ailleurs cependant, c’est mettre mon cœur et parfois ma tête au repos. Je n’ai pas de photos de cet être cher décédé. Cet objet offert par une personne que je ne vois pas aussi souvent que je le voudrais. Cet autre objet qui me rappelle de beaux souvenirs, mais aussi, d’autres plus touchant ou même tristes qui s’y rattachent. Mon cœur est toujours stimulé. Notre univers est chaleureux, inspirant et apaisant. Réconfortant et apaisant. Je me dépose vraiment dans notre appartement. Pas de doute! Mais j’aime beaucoup les aventures, le changement, découvrir, apprendre! Je capote sur les road trips et j’aime passer quelques nuits dans un lieu différent.

Le dépaysement, oui, mais pour une personne qui aime autant la routine que la folie et le manque de routine… ces petits déplacements sont des bulles de bonheur. Escapades romantiques dans notre belle ville. Ben oui! Ça nous est arrivé plusieurs fois depuis le début de notre histoire. Pourquoi dans notre propre ville? Ben, pourquoi pas? Il y a tellement de belles choses à voir, revoir et découvrir. À travers les yeux de l’autre aussi, parfois. Fabriquer des nouveaux souvenirs. Et c’est pratique lorsque nous n’avons pas de voiture (comme à l’époque) et que nous ne bénéficions pas de beaucoup de temps. J’aime ma routine, notre petit nid. J’aime aussi, de temps à autre, visiter d’autres endroit et dormir ailleurs. Me poster devant d’autres fenêtres et avoir d’autres vues, paysages. Regarder les murs et ne pas sentir mon cœur s’emballer dans les joies, ni les peines. Ni mes méninges s’activer. Ce n’est pas neutre, mais ce n’est pas familier et cela me procure un autre repos.

Je ne sais pas si je suis la seule comme ça. Mais c’est une des raisons pour lesquelles dormir hors de la maison de temps en temps, me fait du bien. Cependant, c’est à la maison que je préfère dormir. Dans nos affaires, avec les bruits familiers, et qui est le seul endroit ou je peux marcher dans le noir sans problème. Chez-nous, c’est irremplaçable. 


 

Wednesday, February 9, 2022

Ta mort

Ça fera quatre ans. Quatre ans. Quatre. Tu es parti de ta propre volonté, le vendredi 13 avril 2018. Tu avais encore toute ta tête pour décider du moment. Au bout de tes souffrances, tu as demandé au docteur de partir. Il avait laissé ça entre tes mains, il n’y avait plus rien à faire. Il n’y avait que de la souffrance insoutenable, qu’il ne pouvait plus soulager sans risquer de provoquer ta mort. Ta volonté féroce t’aurait maintenu combien de jours encore? Nul ne saura jamais. Tu as réussi à voir chaque personne que tu désirais voir avant de partir et puis, tu as accepté de partir. Tu n’avais aucune conscience des jours et des nuits. Tu ne le sais pas, mais tu es parti un vendredi treize. Lorsque l’on connaît ton amour des films d’horreur ''gore'', il y a de quoi sourire.

J’ai appris ta mort le lendemain matin. Tu sais, lorsque j’y pense, tout me semble encore surréel. J’ai encore une appréhension à l’approche de la date. Ta mort. Ton enterrement. Ma fête. Ta fête. J’ai pris du mieux. Beaucoup de mieux même. Toute la première année de ton départ sans exagération aucune, je peux affirmer avoir pleurer chaque soir. Chaque jour. J’ai traversé toutes ces premières fois sans toi, toutes les fêtes, les occasions et les rituels, comme une automate. Toute cette première année sans toi, je l’ai vécu dans un état second. J’ai vraiment perdu beaucoup de gens dans ma vie. Bien sûr inutile de dire que l’on ne s’habitue pas. Jamais. Ta mort? Elle a été inattendue, et m’a fait violence. Elle m’a fouettée comme aucune autre. Des deuils, j’ai dû en faire vraiment beaucoup. Le deuil de toi est le plus long et le plus douloureux à ce jour.

Je me souviens du moment. J’ai hurlé et je me suis juste effondrée sur le sol de la salle de bain du premier étage. Mon monde venait de s’écrouler, je ressentais une douleur difficile à décrire. Je craignais que cette douleur ne cesse jamais. Habituellement, je fais comme il faut. Habituellement je suis celle qui est calme. Tu te souviens lorsque qu’Édouard a été entre la vie et la mort? Mon bébé qui ne respirait plus par lui-même, Tristan confus et tout le monde venu me rejoindre à l’hôpital, pleurant et paniquant. Moi, debout, consolant et rassurant, alors qu’à l’intérieur j’avais la pire des trouilles de toute ma vie. Mis à part moi, tu étais le seul d’un calme absolu. Tu as été mon roc. Ben Réal, lorsque j’ai appris ta mort, j’ai perdu mon roc. J’ai perdu le nord, mon calme et ma tête. Je n’ai pas pensé à mes fils qui auraient mal eux aussi de ta perte. Je n’ai pas pu retenir mon hurlement, tel que je sais si bien le faire habituellement. Prise au piège par ma propre réaction. Et pourtant je savais. Malgré ça, je me suis effondrée et ça me prendrait longtemps avant de me relever vraiment.

Honnêtement, j’ai été une automate durant un an. Tu ne peux pas savoir à quel point je t’aime, à quel point tu as été important. Un parent, un point de référence, mon roc, mon confident, mon complice. Je ne pleure plus tous les jours, je n’ai plus mal constamment. Mais je ne sais pas pourquoi, quatre ans ça semble... beaucoup. Ça passe trop vite! C’est absurde mais c’est comme si ça me fâchait parfois de m’apercevoir que la vie continue. Sans toi. Je me sens comme une gamine ingrate et irréaliste. Mais c’est comme ça. Mon deuil et son chagrin vont mieux. Mais tu me manques toujours autant. Il y a une certaine paix, mais je pense à toi tous les jours. D’une manière ou d’une autre.

Je me suis sentie tellement démunie et seule après ton départ. Je me souviens avoir dit à mon ex l’instant suivant la nouvelle de ta mort ''Je suis toute seule maintenant. Vraiment toute seule.'' Ça ne lui a pas plu, évidemment. Bien sur j’ai mes fils, mais à l’époque il avait fait le vide autour de moi. Je n’avais plus de parents, je n’avais plus personne me liant à ma vie avant lui. Heureusement il y avait Renoir. Heureusement il y avait mes merveilleux fils. Heureusement il y avait ce collègue, cet ami, qui est soudainement sorti de l’ombre dans laquelle il était discrètement tapi. Dans le rôle d’un ami discret, chevaleresque et respectueux. Doucement, il allait prendre de plus en plus de place. Manifestant son amitié et les réels sentiments qu’il me portait, en prenant soin de moi à la moindre occasion. En étant de plus en plus présent à mes côtés au boulot, mais aussi dans ma vie. Exprimant son souci de moi, avec respect mais affirmant davantage sa présence. Notre amitié évidemment est devenue plus forte, solide et évidente. Il n’a pas profité de ma vulnérabilité. Au contraire. Il a été véritablement présent pour moi. Plus ouvertement mais toujours aussi respectueux et chevaleresque. Nous nous sommes indiscutablement rapprochés durant cette période.

D’ailleurs, il était présent lorsque ce fut le premier anniversaire de ton départ. Nous étions dans un gala organisé dans le cadre de nos emplois. Cette journée-là, mon ex a été d’un égoïsme rare encore une fois. Me faisant une crise car c’était long et plate. Me faisant une scène, menaçant de partir, de revenir me chercher plus tard. Moi, je l’ai accompagné à de si nombreuses occasions dans le cadre de son boulot. Sans rechigner. C’était aussi l’anniversaire de ta mort. Son insensibilité m’a sidérée; je ne m’y suis jamais faite tout à fait. Espérant toujours mieux du père de mes fils. J’ai inventé une crise d’anxiété (il y avait beaucoup de gens) et un surmenage au boulot pour excuser ce que certaines personnes auraient pu voir ou entendre. Son attitude m’a fait sentir encore plus seule. Et seule, je me sentais si profondément déjà depuis ta mort.

L’alcool coulait à flot à cette occasion. Je bois peu. Je n’ai jamais ''virer de brosse'' et je suis d’ordinaire très raisonnable. J’ai bu. Plus que de raison. À avoir du mal à marcher, à en avoir oublié des bouts au sujet de cette soirée. Chose qui ne m’était à vrai dire, jamais arriver. J’ai pleuré, ça je sais. Je me suis cramponné à la main de mon ami et collègue. Je ne m’en souvenais plus, mais il me l’a rappelé. Que personne n’ait rien vu, est étonnant. Sous le nez de mon mari d’alors qui plus est. Au moment de partir, il était pressé et est parti comme une fusée. J’ai pris le bras de mon collègue et ami. Pour me donner contenance, j’arrivais à peine à marcher. Je me suis déposée contre lui. Je me suis sentie en sécurité, mais ivre, tout était vague. C’est aussi à son bras que j’ai descendu l’escalier. Ensuite, tout devient flou.

Nous devions aller le reconduire chez lui, mais nous avons fait un détour pour un café et, un tour sur le bord de l’eau. Mon ex a été seul sur le bord de l’eau. Nous laissant seuls. Ensemble. J’étais tellement, tellement ivre! Mais j’étais avec cet homme que j’aimais, et je savais que j’étais en sécurité. J’avais plus qu’engourdi mon mal. J’avais carrément noyer ma peine de ce premier anniversaire dans une quantité ridicule d’alcool. Tout ce que j’ai trouvé à faire, c’est taquiner cet homme que j’aimais. Au sujet d’une représentante qui en pinçait pour lui. J’étais jalouse! Et comme une gamine jalouse je le taquinais sans répit. Il a été d’une tendresse et d’une patience. Il a veillé sur moi, et je ne le savais pas encore, mais il me couvrait d’un regard amoureux. Il me trouvait belle, et était attendri, alors que moi, comme une enfant devant son intérêt romantique, je le piquais et le taquinais. Inutile de dire que lorsque j’ai retrouvé mes esprits le lendemain matin, j’étais embarrassée. La situation était en soi étrange et en plus j’avais montré à mon ami une facette de moi ou deux, don’t je n’étais pas particulièrement fière. Il n’en a pas fait de cas, avec sa bonté, sa tendresse et son empathie habituelles.

Cette longue anecdote simplement pour dire, qu’il était à mes côtés assez drôlement, lors du cap du premier anniversaire de ta mort. Mon ex fuyait à la moindre occasion, mais mon futur mari était à mes côtés. Tu l’aimerais c’est certain. Il y est pour beaucoup dans ma joie de vivre retrouvée, et, la progression positive de mon deuil. Et toi, ta mort est une des portes qui m’a permis de franchir les murs que je m’imposais face à mes sentiments pour lui. À ta mort j’ai su que mon union avec le père de mes fils qui était expriée depuis longtemps, devait et allait prendre fin. Je n’y étais pas heureuse. Je ne savais pas ni quand ni comment, mais ce départ au sujet duquel je tergiversais intérieurement depuis des années, allait se produire. Après ta mort, je me suis juré de vivre. Et non pas seulement de survivre et exister. Les événements ont déferlé entre lui et moi. Lui, étant mon présent mari. Dans sa vie et dans la mienne. Nous étions deux aimants depuis le premier regard. Je comprends que c’était une question de temps. Nous, c’était inévitable. Je suis heureuse désormais, Réal. Me reste juste à retrouver mon père. Ce qui te fera sans doute plaisir.

Ça fera quatre ans cette année et ça me choque. Autant d’année sans toi. Je peux plus raconter d’histoire lorsque je vais moins bien. Tu ne passerais jamais quatre ans sans me voir, sans voir les enfants. Et moi non plus je ne passerais pas autant de temps sans contact avec toi. J’ai toujours une appréhension qui commence en février et qui connaît son apothéose vers le treize avril. Je ne sais jamais comment je vais me sentir. Comment je vais vivre et revivre ces jours, ces semaines, puis ce jour et puis de nouveau ces jours. Tu laisses un cratère abyssal de vide dans ma vie. Tu me manques. Même si mon Amoureux a apaisé mon chagrin. Et le temps aussi. Ton absence elle, ses effets sur mon cœur son variables. Certains jours je ris et je souris en pensant à toi. Il y en a beaucoup plus de ceux-là. C’est sans doute ce que tu voudrais. Ce que tu veux. Lorsque les garçons t’évoquent, mon cœur se serre tout en éprouvant une douce chaleur. Lorsque certaines dates, certains souvenirs remontent, mes larmes piquent mes yeux et remontent. Il y a aussi ces nombreux moments ou ton absence réveille des cris et le manque absurde de ta personne. Parfois des joies que j’aurais voulu partager avec toi. Sais-tu que je me suis surprise à te chercher sur mes photos de mariage? Je me suis dit que c’est parce que, comme lors de chaque événement, c’est toi qui prends les photos. À quel point je suis pétée et brisée de manière ridicule parfois! J’aurais tellement voulu que tu sois présent. J’aurais tellement voulu que tu sois témoin des retrouvailles de maman et de mes fils. J’entends des gens bien intentionnés me dire que tu étais là, sous une forme ou une autre. Et ils ont raison, je le sais bien. Mais moi, c’est toi au complet de qui je réclame la présence. Je dois me contenter comme tout mortel, de croire que tu étais parmi nous, n’est-ce pas? Parfois ça fonctionne, parfois je te sens. Parfois ce n’est simplement pas assez. Je dois être bien ingrate. Que veux-tu! À mon âge on ne se refait pas, hein?

Bref... tu me manques. C’est ça qui est ça. Ta force tranquille. Ta présence indéfectible dans les pires et les meilleurs moments, et lors de tous les moments entre le meilleur et le pire. Une part de moi cherche encore comment vivre sans ta présence rassurante, aimante et si importante.


 

Ton regard sur moi

  Ton regard sur moi améliore celui que je pose sur moi. Je me rends compte, à défaire mes derniers nœuds et à rencontrer mes derniers traum...